dimanche 13 octobre 2013

La Haye Pesnel, dimanche 13 octobre 2013

Visite d'un refuge de nature

Lecture de paysage avec Carl

    La visite du refuge de nature (en convention avec le Groupe Ornithologique Normand) nous a permis de comprendre les divers aménagements que Carl et sa compagne installent progressivement depuis 2007.
Les 17 participants ont arpenté les 3 hectares du refuge qui comprend plusieurs zones différentes : le verger, les pâtures, la zone boisée, les haies bocagères, la zone humide et la prairie de fauche tardive. Carl est intarissable sur le sujet, et grâce à lui nous comprenons le cheminement des réflexions qui aboutissent aux décisions de gestion.
Le verger pâturé


Rougegorge
    Le verger, installé en hautes tiges dont beaucoup de variétés anciennes, est entretenu par un petit troupeau de moutons. Ceux-ci ont fait l'objet d'une recherche pour avoir des animaux pas trop gros, "manipulables", pas trop petits pour être vendables, assez solides pour éviter les maladies et pour mettre bas sans surveillance particulière. Le croisement ouessantin / cotentine s'avère répondre à ces critères. Des rougegorges chantent, s'assurant un territoire personnel pour l'hiver.

Buse

    Les pâtures dont les clôtures sont l'objet de soins fréquents permettent de changer de place le petit troupeau pour réduire les risques de parasitisme intestinal et pour gérer l'herbe avec précision. Nous avons vu la buse, elle vient souvent y chasser. Aujourd'hui, l'alouette lulu en migration, les grives mauvis les survolent.
Notre groupe, dans la jeune bande boisée

Nichoir à faucon
    La zone boisée est plantée depuis 2008 sur une longue bande à l'ouest du terrain. 800 arbres ont été plantés, parmi lesquels dominent le chêne et le châtaignier, auxquels s'ajoutent ceux déjà présents depuis longtemps. Cette partie du refuge a vu l'arrivée de nouveaux oiseaux, dont le bruant jaune qui est peu fréquent dans la Manche. Il profite là des nombreuses graines disponibles, car l'herbe n'est jamais fauchée. Le chevreuil apprécie le calme de l'endroit, une chevrette vient y mettre bas au printemps. Le refuge a été mis en réserve de chasse, mais il arrive que certains chasseurs franchissent les clôtures ... Le vieux châtaignier sert de perchoir à de nombreux oiseaux. Carl y a installé un nichoir à faucon crécerelle qui n'est pas encore utilisé. Un faucon crécerelle est d'ailleurs vu ce matin.

    Les haies bocagères, autour du terrain, ne subissent qu'une taille par an. Le bouc aux splendides cornes (race "chèvre des fossés") est parfois utilisé pour les contenir, mais son travail n'est pas sélectif ! La haie abrite le discret bouvreuil que nous n'avons pas vu, les pouillots véloces (quelques chants), les pinsons, les merles noirs, le verdier, la mésange bleue et la mésange charbonnière.

Dans la zone humide, on protège contre le chevreuil
    La zone humide est située dans un vallon au fond duquel coule un ruisseau. Des ronciers demandent à être maîtrisés, la tondeuse autoportée les contient. Dès que des clôtures de qualité seront installées, des chèvres viendront réduire une partie de la végétation.

    Nous terminons notre visite par la prairie de fauche tardive, dans laquelle les achillées fleurissent encore. Cette zone n'est entretenue qu'une fois par an, en été, ce qui permet à une flore variée de se développer : plantain, achillée, petite oseille ... Mais le développement des fougères aigles et des chardons pose problème, Carl envisage une rotation de cette zone. Les insectes, dont des papillons, y sont nombreux aux beaux jours.

    Si le principal objectif de notre visite était de comprendre les aménagements améliorant la biodiversité, nous avons aussi rencontré des oiseaux. En plus de ceux déjà cités, nous avons vu la corneille, l'étourneau, le troglodyte qui niche tous les ans sous la table du jardin, le pic  épeiche, le pipit farlouse en migration, la pie, le moineau domestique, le verdier, la grive musicienne, l'accenteur, le geai, le corbeau freux et le pigeon ramier. Soit 23 espèces.

Thierry Grandguillot



Depuis 2008, le refuge est suivi très régulièrement par Jean Collette, voici un aperçu de ce qui est observé :
Liste des espèces :
(agrandir pour mieux lire ...)
La liste des 76 espèces notées au moins une fois comprend à la fois des oiseaux vus ou entendus uniquement en vol ou sur les parcelles extérieures (23 espèces) et celles qui sont vues ou entendues sur le refuge lui-même (53 espèces).
Si la durée de chaque relevé est en moyenne d’une heure, les 65 relevés correspondent à 65 heures, soit environ 8% de la durée diurne potentielle d’activité des espèces concernées par les relevés : en réalité, on ne note qu’une petite partie des observations potentielles ; par exemple certaines espèces ont un rythme d’activité décalé par rapport au passage, elles peuvent être actives très tôt (rouge-gorge, merle) ou plus tard. En matinée (les granivores au sens large). Ainsi, les linottes toujours notées en vol ou à l’extérieur ont probablement échappé aux décomptes sur site.
La somme des contacts par espèce donne un indice d’abondance relatif au temps passé. Il ne faudrait normalement pas comparer les espèces entre elles avec ce simple calcul qui est faux d’un point de vue scientifique ! Les premières espèces sont cependant celles qui sont actuellement les plus courantes en bocage normand. Une remarque cependant : le moineau domestique bien représenté marque ici la présence de l’homme. Cette espèce très anthropophile est absente du bocage pur loin des fermes. Le moineau domestique est actuellement en déclin partout en Europe, en particulier des zones urbaines modernes (voir le dernier décompte des oiseaux de la vieille ville d’Avranches.)
Quelques espèces sont notables si l’on se réfère à la liste rouge des espèces menacées de Normandie : le bouvreuil pivoine, le bruant jaune, la grive draine (et la linotte mélodieuse dans l’environnement proche) figurent sur cette liste aussi bien en tant que nicheurs qu’hivernants. La présence de buissons et pas seulement d’arbres favorise ces espèces des stades pionniers du boisement. Le secteur en cours de reboisement est probablement très attractif. Le vallon boisé et buissonneux en déprise est particulièrement intéressant : les tarins (sur les aulnes), les roitelets à triple bandeau sont ici chez eux. L’observation de la bouscarle de Cetti dans les ronciers fut une surprise, preuve que les migrateurs circulent aussi dans des secteurs inattendus.
Les goélands et mouettes circulent fréquemment en vol, utilisant l’axe de la vallée du Thar, se posant sur les parcelles labourées extérieures. La parcelle en culture située immédiatement à l’est du refuge est un cas typique d’habitat recherché par l’alouette lulu en hivernage (chaumes, pente sud, ligne électrique !)
Jean Collette



Prochain rendez-vous le dimanche 17 novembre au salon bio de Pontorson où nous tiendrons un stand, sortie à 14h30.


Le bouc aux longues cornes ...


dimanche 15 septembre 2013

Dimanche 15 septembre 2013, la Roche Torin


Dimanche 15 septembre 2013

La Roche Torin


Vanneau en vol
  Nous sommes 15 participants à explorer les herbus et l'estuaire des fleuves Sée et Sélune. La mer est loin, en ce jour d'ouverture de la chasse les vanneaux restent sur les grandes zones bien dégagées.

Vanneaux :

observer que l'éclairage

semble modifier les couleurs.
  Sur les vases découvertes, de nombreuses corneilles noires explorent tout ce qui peut se manger, les goélands se reposent. On observe les goélands argentés, goélands cendrés, goélands bruns et goélands marins. Des courlis cendrés montrent leur silhouette au loin. Des tadornes sont vus, ce sont des jeunes car les adultes sont encore sur les lieux de mue de juillet à septembre dans la mer des Wadden (Pays-Bas, Allemagne). Des hérons cendrés, toujours calmes, sont visibles à plusieurs endroits, quelques-uns se regroupent en fin de matinée à l'abri du vent au pied d'une microfalaise près de Saint-Léonard. A plusieurs reprises, un balbuzard pêcheur passe, assez loin de nous. Il vient peut-être d'Ecosse et repartira dans quelques jours vers l'Afrique. En vol, une petite troupe de sarcelles d'hiver file rapidement.
Héron cendré

Les sarcelles
  Les rivières attirent des grands cormorans dont l'un a bien du mal à avaler son poisson, des mouettes rieuses. 3 barges rousses déjà en plumage internuptial s'approchent en sondant la vase. 5 grands gravelots se posent assez près de nous, un chevalier gambette crie « tiu tu tu ». Des bécasseaux variables, nerveux, passent. Toute la matinée, de très nombreuses hirondelles rustiques chassent au-dessus de l'eau ou sur les herbus, elles sont probablement en migration, même si nous ne décelons pas de mouvement vers le sud. Point d'orgue de notre sortie, une spatule vient se poser dans la rivière et pêche longuement. C'est une jeune, car la pointe des rémiges (les grandes plumes des ailes) est noire. Un martin pêcheur est vu juste avant de rejoindre les voitures.
Un traquet motteux
La spatule

  Sur les herbus, les oiseaux se font plus discrets. Les linottes mélodieuses nous survolent en criant. Un faucon crécerelle fait le « vol du Saint Esprit », il se fait pourchasser par une corneille. Quelques pipits farlouses et une bergeronnette grise crient. Sur l'herbu de Vains, nous apercevons un faucon pèlerin : la tête très foncée contraste avec le ventre gris clair. Une buse variable est posée non loin de lui sur un piquet de clôture. Mais c'est bien loin, la lunette est indispensable ! Le traquet motteux est rencontré trois fois, dont une fois perché sur un arbre, ce qui n'est pas habituel. Il est en migration postnuptiale, et s'arrête dans ces zones d'herbe rase. Il niche souvent en bord de mer, dans des terriers de lapin, ou en montagne, où il retrouve les mêmes pelouses rases.
Cormoran en cuisine

  Quelques autres oiseaux liés aux bâtiments ou au bocage sont aussi observés : pigeon ramier, verdier d'Europe, moineau domestique, pinson des arbres, ou une grosse dizaine de tourterelles turques près d'une ferme.
Observation du traquet

  Une belle matinée (32 espèces tout de même!), un peu dérangée par des décollages de parapentes à moteur tout près de nous, mais ponctuée d'observations très sympathiques !
Prochaine sortie le dimanche 13 octobre, 9h30 place de la mairie à la Haye Pesnel. Covoiturage possible à 9h au jardin des plantes d'Avranches.
Thierry Grandguillot

Aigrette garzette aux pieds jaunes
La spatule pêche, le bec ouvert,

les goélands marins partagent un poisson,

le grand cormoran s'approche, intéressé.

Une mouette rieuse très peu farouche.

Au décollage, cet oiseau est très bruyant !

La spatule se pose.

c'est une jeune, on aperçoit

du noir à la pointe des ailes.
Les barges rousses

mardi 6 août 2013

Tombelaine dimanche 4 août 2013

A la découverte de l’îlot de Tombelaine


Héron cendré
Sortie organisée dans le cadre de l’année des réserves du GONm

16 personnes venues de basse Normandie se sont retrouvées au Bec d’ANDAINE à Genêts à 11 h pour cette expédition en Baie du Mt Saint Michel.
Après la traversée du Lerre un héron cendré en vol vers le nord ouest est observé.
Au terme d’une heure de marche, nous arrivons à Tombelaine où nous commençons par la pause déjeuner car il est déjà 12h15.
Barge à queue noire

La période de reproduction est maintenant terminée et l’îlot est ouvert au public depuis 4 jours.
la barge en vol
Cette année la saison de reproduction a été catastrophique à cause de la présence d’au moins un renard pendant tout le printemps, des dizaines de goélands ont été retrouvés morts
et la reproduction a été nulle pour toutes les espèces nichant au sol (goélands, tadorne de Belon et colvert) même le faucon pèlerin a abandonné le site début mai, seuls l’aigrette garzette et le héron gardeboeuf ont niché normalement..
L’ilot est anormalement silencieux pour un début août, les goélands l’ayant
totalement déserté après avoir abandonné les nids.
Peu d’observations sur le site :
Notre groupe
1 goéland brun en vol, 1 accenteur mouchet, 2 pigeons ramiers, 1 fauvette à tête noire chantant discrètement à deux reprises, 1 faucon crécerelle faisant le saint esprit et 4 chevaliers guignettes dans rochers à la base de l’ilot.
Cette espèce nous rappelle que la période de reproduction est terminée pour la plupart des espèces nichant dans le nord de l’Europe et que la migration postnuptiale est commencée.

Aux abords :
Aigrette garzette
quelques aigrettes garzettes se nourrissent dans une filante à la pointe ouest, 1 barge à queue noire en plumage nuptial sur la vasière à l’est de la réserve, un huitrier-pie, 9 tadornes de Belon en vol à l’ouest, probablement des jeunes de l’année car les adultes ont quitté nos côtes pour muer aux abords de la mer des Waddens.
Sur les grèves les laridés sont nombreux (goélands argenté et marin, mouettes rieuses), quelques grands
cormorans sont posés.

Ce bref séjour de 3 heures a permis aux participants de découvrir cet ilot de 4 hectares réserve du GONm depuis 1986, mais pour beaucoup ce site est inconnu car difficile d’accès et fermé du 15 mars au 31 juillet de chaque année.
Cette journée a été l’occasion pour certains de découvrir la Baie du Mt St Michel avec ses bancs de sable, ses hogues, ses vasières, un lieu extraordinaire où il fortement déconseillé de s’aventurer seul..

Le retour ...
Texte Luc Loison, photos Claude Ruault







mardi 23 juillet 2013

Bellefontaine, le mardi 23 juillet 2013

Quelques notes suite à la visite du 23 juillet 2013 à la Fermette de Bellefontaine
Le chemin d’accès est au contact de deux mondes : celui de la « forêt », ici un bois de pente qui marque un espace probablement jamais cultivé vu le relief, et celui de l’espace agricole.
La bruyère cendrée de la lisière forestière
La lisière du bois est marquée par la présence de quelques plantes caractéristiques : la callune, la bruyère cendrée, la myrtille, l’épervière piloselle... Le hêtre constitue l’essentiel des arbres (6 sur 7 en lisière par exemple). Cette essence est bien adaptée au climat humide du Mortainais. La Fermette est à 275 m d’altitude ; au sud, la colline culmine à 280 m ; « en bas », la Sée coule à 75 m à Chérencé-le-Roussel.
Côté bocage, la parcelle en culture de céréale rappelle que jusqu’au milieu du 19e siècle, 80% des terres agricoles normandes étaient labourées ! Ce n’est qu’ensuite que le lait et la prairie ont imposé leur image verte de la Normandie... De même, deux des haies actuelles sont récentes : elles n’existent pas sur le cadastre napoléonien au début du 19e siècle. Sur la lisière du chemin, quelques plantes sauvages
Les parcelles cultivées du bocage ancien
marquent l’espace de la prairie naturelle : la centaurée (proche du coquelicot), le lotier ; elles ont en commun d’être attractives pour les bourdons, les abeilles, les papillons...
À cette heure de la journée, les insectes butineurs sont dans les « sapins » : pas de fleurs, mais probablement déjà beaucoup de miellat : des pucerons excrètent un liquide sucré qui est léché par les insectes, dont les abeilles qui vont en faire une sorte de miel très parfumé. Quelques cris discrets de roitelet huppé rappellent que cette espèce est fortement liée aux résineux. Ailleurs dans le bois, une famille de grimpereau des jardins vient de sortir du nid. Le pinson des arbres, la fauvette à tête noire, le pouillot véloce, le pigeon ramier et les hirondelles rustiques (et la buse en vol) sont les seuls oiseaux à se manifester vu la date avancée en saison.
L'étui du cigarier du bouleau
Un vulcain se pose sur le chemin. Ce sont peut-être des chenilles de cette espèce de papillon qui se développent sur un petit massif d’orties bien éclairées ; ou de petite tortue, ou de paon du jour : tous ces papillons pondent sur les orties... ce qui est mieux admis que les piérides qui cherchent les choux locaux (cultivés...) Un autre insecte, minuscule, marque la visite : 3 mm pour le « cigarier du bouleau », du groupe des charançons. La femelle découpe et plie la feuille du bouleau (ou du noisetier) pour en faire un étui en cône où elle pond. Encore faut-il mordre juste ce qu’il faut la nervure centrale pour que l’étui pende et fane sans se détacher trop vite de l’arbre... Rapporté à la taille de l’insecte, c’est comme si un homme roulait un tapis de 45 m de large !
Une pensée émue pour le travail que représente l’entretien des bandes de légumes à « défendre » contre la concurrence des plantes adventices, les « mauvaises herbes » (renouées, chénopode, spergulaire...) ; mais aussi le souvenir de la richesse potentielle de ces mauvaises herbes porteuses de graines dès la fin d’été. Ces graines étaient la source de survie des oiseaux granivores au cours de l’hiver à l’époque où les chaumes existaient encore. Linottes, verdiers, bruants, pinsons, alouettes étaient tributaires de ces pratiques culturales. Actuellement, plusieurs de ces espèces sont inscrites sur la liste rouge des espèces menacées en Europe ! Les cultures d’hiver ont anéanti les chaumes.
Entre bois et bocage
Un sorbier des oiseleurs, une aubépine poussent au pied du piquet de clôture ; pas par hasard, ce sont les oiseaux qui ont déposé des crottes contenant les graines de ces plantes. L’accord est répandu dans la nature : je te donne à manger (la pulpe du fruit), tu sèmes mes graines. Le lierre est un exemple connu : il suffit d’observer les piquets de clôture porteurs de lierre après quelques années. Il y a aussi les transporteurs « petite tête » : le geai perd assez souvent des glands quand il est posé sur la clôture : un futur chêne !
Elément traditionnel du bocage du Mortainais, la barrière à écharpe est ici représentée par deux exemplaires. Le talon est typiquement découpé avec fantaisie, souvent avec art dans les cas les plus représentatifs. Ces derniers témoins mériteraient attention et protection, au moins une mise à l’abri de la destruction en attendant une mise en valeur muséographique. 

© J. COLLETTE/GONm- 23/07/2013