dimanche 13 mai 2012

13 mai, Saint Michel de Montjoie

Quelques souvenirs de la promenade ornithologique du 13 mai à Saint-Michel-de-Montjoie

  1. Le bourg, un espace minéral : les choucas des tours volent et se posent sur les cheminées, nourriture au bec : les jeunes occupent les nids construits dans le conduit des cheminées (ainsi que dans le clocher de l’église). Au pignon d’une maison, étourneaux et choucas semblent se chamailler ; c’est l’époque de sortie du nid des jeunes étourneaux que nous entendrons un peu plus tard. Une hirondelle rustique est perchée sur un fil en bord de route. Cet oiseau est très attaché aux espaces ruraux et à l’élevage bovin : c’est l’hirondelle des étables traditionnelles, mais elle boude les stabulations modernes trop aérées et claires.

  1. Le parc : arbres d’ornement et buissons décoratifs créent un milieu artificiel très attractif : la fauvette des jardins de retour de migration (Afrique transsaharienne) déroule son gazouillis un peu fouillis et rapide ; le pinson des arbres (le chant en cascade), le troglodyte, la fauvette à tête noire (les notes claires et pures) sont aussi à leur place. Le moineau domestique chante sur le rebord du toit ; on aurait pu le noter aussi dans le bourg, c’est un commensal de l’homme (là où les graines restent accessibles, sauvages ou cultivées : il a régressé dans les grandes agglomérations « trop propres »!)


  1. Près du verger haute tige : le merle noir chante en haut du poteau électrique ; il « répond » à un autre merle assez proche : entre ces deux oiseaux passe la frontière des deux territoires, espace défendu par le couple pour le temps de la reproduction. Dans les résineux voisins, un chant aigu et de peu de puissance trahit la présence du roitelet huppé. Cette espèce comme quelques autres a profité de l’extension de la culture des résineux, d’abord dans les parcs puis en forêt, pour étendre son aire de reproduction en Normandie au siècle dernier. Dans le ciel, le martinet noir reconnaissable à ses grandes ailes en faux, chasse les insectes. Lui aussi est un nicheur probable du bourg, dans les anfractuosités du clocher ou sous les corniches des toits. Mais il peut aussi venir de 10 km à la ronde… ou beaucoup plus !

  1. Le long des haies du bocage : le pouillot véloce chasse les insectes dans le feuillage des hêtres ; c’est un mâle car il chante (sur deux notes, « chiff chaff » comme traduisent les Britanniques dans leur langue). Le mâle chante assez haut, mais la femelle a besoin de buissons bas pour cacher son nid en boule d’herbes sèches. Le troglodyte aime les talus où il cache son nid (ses nids, car le mâle est un grand bâtisseur, il doit ensuite être grand séducteur !)

  1. Sur la route de la forêt : une « crotte de saison »… La couleur violette et les graines roses prouvent que l’oiseau (origine certifiée par les traces blanches dues à l’excrétion particulière chez les oiseaux) a mangé les fruits du lierre. Cette plante fleurit en automne et porte des fruits murs en début de printemps, ce qui permet à de nombreux animaux de s’en nourrir (merles, grives, fauvettes, pigeon ramier, fouine…) Le lierre fabrique des fruits coûteux en énergie (pulpe riche en glucides et lipides), mais il y gagne des « transporteurs-semeurs » efficaces ! (les graines germent là où les crottes sont déposées si le sol le permet). La mésange charbonnière, le troglodyte, le pouillot véloce chantent en bordure de route. Cela rappelle que les oiseaux des haies du bocage sont d’abord des oiseaux forestiers à l’origine. Deux geais des chênes traversent la route. Le roitelet huppé est encore entendu, prouvant que le bois de hêtres est ici mélangé de résineux. Le grimpereau des jardins chante, il illustre bien l’ambiance forestière. Il peut être observé en bocage si les haies sont riches de vieux arbres.

La conversation a parfois débordé sur d’autres sujets : la place de l’eau stockée dans les sols agricoles de cette région pluvieuse, une richesse à venir… ; l’évolution actuelle du bocage ; les vieux talus à cépées de hêtres qui ne sont plus entretenus que par la coupe régulière du bois produit ; les plantes à fleurs de la prairie naturelle, nourricières des insectes (la cardamine et le papillon Aurore, les fleurs de la centaurée, du « chardon » = cirse de son vrai nom) ou directement des oiseaux (le pissenlit) ; les plantes invasives, nouveau fléau (la renouée du Japon au bord de la route).
Pour le Groupe ornithologique normand,
14/05/2012 Jean Collette

dimanche 25 mars 2012

25 mars 2012, le Petit Celland

Le Chœur de l’aube

Le PETIT-CELLAND / les Trois Croix
25 mars 2012

L’exercice consiste à noter les espèces au fur et à mesure qu’elles se manifestent par des chants à partir du lever du jour. Les premiers chants sont isolés, puis pour chaque espèce, un « créneau » de paroxysme est marqué avant que les émissions de chant de l’espèce ne deviennent plus rares ou nulles. Les premiers chanteurs (merle, rouge-gorge, grive musicienne…) atteignent ce paroxysme lorsque la « seconde vague » commence à chanter (troglodyte, fauvette à tête noire, pouillot véloce, puis pinson, accenteur…). C’est le moment où le concert est le plus puissant.
Un premier relevé a été effectué le 23 mars pour comparaison sur le même site. La météo étant identique, seule l’heure de lever du soleil a changé entre les deux dates, soit 4 minutes plus tôt.
Bien que présentant de fortes similitudes, les deux listes ne sont pas exactement superposables, d’une part parce que le comportement des oiseaux n’est pas mécanique au point de caler de façon précise chacune de leurs activités dans le temps ; d’autre part les deux séquences ne sont pas exactement identiques : la première, réalisée en solitaire, est parfaitement silencieuse, la seconde en groupe plus bavarde (du coup, quelques espèces entendues ont été oubliées dans la liste…); de même, les déplacements vers le bourg ou les Trois croix n’ont pas été identiques et les occasions de noter certaines espèces ont été décalées.
Certains oiseaux ne sont pas repérés l’une des deux fois : ce sont des espèces présentes en petit nombre sur le site, la sittelle, le grimpereau, le rouge-queue noir, le roitelet huppé, la buse, le verdier ou en migration (pipit farlouse). La migration « de printemps » (migration prénuptiale) est notée les deux matins : grive mauvis, grive musicienne, pipit farlouse et pinson des arbres sont entendus ou vus, en groupe ou isolés, en vol plein est pour la plupart. Autre déplacement particulier, celui des pies venant du dortoir pour regagner leur territoire. Le groupe remarqué par des cris secs caractéristiques de ce type de déplacement, circule en « sous-groupes » se dirigeant vers le même secteur où les couples se séparent ensuite pour occuper leur territoire dans la journée. Le soir, un déplacement inverse a lieu vers le dortoir, situé ici dans un secteur de taillis de châtaignier (choisi sur le critère de hauteur des perches.)
L’écoute s’est partagée entre deux habitats : le bocage et le bois d’une part, le village et les fermes proches d’autre part. Certaines espèces sont communes aux deux, même si nous avons commencé par les entendre côté bocage/bois (pigeon ramier, merle, rouge-gorge…). Par contre, le moineau domestique, la tourterelle turque, le choucas des tours, le rougequeue noir, l’accenteur mouchet sont plus particulièrement typiques des zones habitées. Inversement, la sittelle, le grimpereau, la buse, l’épervier ont ici besoin des espaces boisés pour fréquenter le bocage voisin. Cas particulier, le roitelet huppé ne figure dans la liste que parce que quelques résineux ont été plantés, aussi bien dans une parcelle du bois voisin que sur le site des Troix Croix lui-même.
Au total, 34 espèces ont été notées en 150 m de déplacement et deux séquences d’une heure trois-quart : un beau bilan à mettre au compte de la qualité du bocage environnant où prairies naturelles et taillis se côtoient à la limite des fortes pentes des collines du flanc sud de la vallée de la Sée. De plus, le bourg du Petit-Celland a offert un beau concert de moineau domestique, remarque rassurante sur la résistance locale de cette espèce en fort recul dans bien des zones agricoles ou urbaines.

L’animation « chœur de l’aube » est organisée dans le cadre du quarantième anniversaire du Groupe ornithologique normand. Merci aux neuf participants pour le lever matinal et la patience dont il faut faire preuve au début de la séance (surtout quand les hulottes sont malencontreusement timides comme ce matin !), merci à Monsieur Serrant, maire du Petit-Celland de nous avoir accompagné ce matin.
Pour le GONm,
Jean Collette




Liste ordonnée des observations depuis les Troix Croix au Petit-Celland/50

Remarque : L’assurance de la réalité du rang de « premier » chanteur est donnée par le laps de temps s’écoulant sur place avant cette première audition (arrivée à 5h05 le 23/03 et 5H30 le 25). Seules les chouettes hulottes se manifestent alors.