dimanche 16 octobre 2016

Saint-Senier : Les oiseaux d’une ferme en refuge


    La ferme d’Adrien Lechartier est entrée dans le réseau des refuges du GONm en 2014. Elle présente l’intérêt d’être l’une des fermes bio du réseau. Nous étions 19 à parcourir une partie des parcelles bocagères en compagnie d’Adrien qui nous a servi de guide, nous expliquant en particulier ses pratiques culturales : les semis en cours de prairies mélangées, les chaumes de maïs encore en place furent de bons terrains pédagogiques ! Nous avons appris l’intérêt des fétuques préférées au ray-grass, et la place des légumineuses fourragères dans l’alimentation du bétail.

     Au total, 32 espèces ont été notées, essentiellement dans les haies et en vol. Cependant, aux abords du corps de ferme, les moineaux forment un beau groupe (20, 30 individus ?) fidèle à un roncier bas qui sert de reposoir durant la journée. L’accenteur mouchet est aussi « à sa place », attaché aux buissons décoratifs des abords de la maison. Au cours de la sortie, le rouge-gorge est omniprésent, des voisins en venant même « aux mains », la cohabitation étant difficile entre individus trop proches. La migration a apporté de nombreux nouveaux qui doivent trouver une place même temporaire sur le trajet du voyage d’automne.

    Certains chantent brièvement, ce seront les rares chants entendus avec celui du bruant zizi quittant rapidement la haie à notre approche. Parmi les petits plaisirs de la matinée, l’alouette lulu nous survole à deux reprises, signant le début de sa présence hivernale et deux bécassines des marais quittent la parcelle de chaume de maïs.

    Sur les divers pylônes électriques, buse et faucon crécerelle sont à l’affût. Le lièvre levé dans le chaume de maïs ne craint rien d’eux, par contre qu’est-il arrivé au petit rongeur dont le nid en boule d’herbe est laissé à découvert ? Le renard et le blaireau qui signent leur territoire de nombreuses crottes ont peut-être profité de l’occasion. Les lapins de garenne cohabitent sans problème dans les mêmes terriers que les deux compères dans une des haies voisines !

Ces crottes de renard comprennent des restes d'insectes.
     En 8 visites du refuge, la liste des observations compte 56 espèces. C’est le pinson des arbres qui fournit le gros des bataillons (248 individus comptés). Parmi les raretés, la bouscarle de Cetti, petite fauvette des zones humides, est présente en octobre 2014 sur un petit espace engorgé par la Pivette qui a pris sa source à 100 m de là...

     Une des haies récentes plantée après le remembrement est différente des autres beaucoup plus anciennes. En particulier, des aulnes blancs y sont implantés, porteurs de fruits « en sapinettes », les strobiles, dont les graines attirent les passereaux en hiver, non seulement le tarin des aulnes, mais aussi le chardonneret, le pinson, la mésange bleue...

    Quelques strobiles portent des galles originales, des « langues » roses et vertes quand elles sont fraiches. Elles sont provoquées par un champignon, Taphrina amentorum, les Anglais nomment cette galle « Alder tongue gall », la galle de l’aulne en langue. Cette galle est plus rare sur l’aulne glutineux des rives de la Sée.

    La ferme fait partie d’une ancienne propriété noble locale. Certains arbres sont très anciens, un têtard de frêne par exemple mais surtout un chêne remarquable, vieux peut-être d’au moins 300 ans.

    Merci à Adrien de nous avoir reçus et accompagnés au cours de cette sortie mensuelle originale.

CR J Collette
Photos Th Grandguillot

Tourillon de ver de terre : le sol est respecté !
Une mouette rieuse a été mangée ici ...
    Secrétariat liste : S Crase
1. le rouge gorge
2. le merle
3. le héron cendré4. le moineau domestique
5. la buse
6. l'accenteur
7. la tourterelle turque
8. le pinson des arbres
9. l’étourneau
10. la mésange bleue
11. la bergeronnette grise
12. le faucon crécerelle
13. la corneille
14. la grive musicienne
15. le pigeon ramier
16. l'alouette lulu
17. le bruant zizi
18. le bruant des roseaux

19. l'alouette des champs
20. le pigeon biset
21. le goéland argenté
22. le choucas
23. le pipit farlouse
24. la bécassine des marais
25. la linotte mélodieuse
26. la pie
27. le grand cormoran
28. le pic épeiche
29. le roitelet huppé
30. la mésange à longue queue
31. le corbeau freux
32. la bergeronnette des ruisseaux


La chouette passe par ici, la nuit.

Prochaines sorties :

Yoplait est très intéressée par notre groupe !
Le 30 octobre à La Haye-Pesnel, journée nature à la carte de 9 h à 17 h, par séquences d’une heure au choix (oiseaux, essences des haies, vie du ruisseau, vers de terre, jardin en permaculture...)


Le 13 novembre, à Saint-Georges-de- Livoye, 9h30 au parking de l’étang de pêche du moulin
ou 9h15 au jardin des plantes d'Avranches pour covoiturer.




Ajout : Pour trouver le lieu de l'animation du 30 octobre :
Refuge de l'Arséantise
Dans le centre ville de la Haye-Pesnel, tourner à droite : en regardant la place de la mairie, prendre la rue  à gauche qui passe devant le collège, le château d'eau, continuer tout droit jusqu'au carrefour avec la route du Tanu ; prendre à gauche ("route de la Bourgeais") et continuer 1 km. C'est la première maison à gauche.

(cliquer pour agrandir le plan)






dimanche 11 septembre 2016

La Roche Torin, à Courtils


Une sortie placée sous le signe des rapaces ! Dès le début, peu après avoir été survolés par un chevalier gambette, en pointant la lunette sur l'herbu de Vains, nous voyons le balbuzard pêcheur : très sombre car vu de dos, le contraste front blanc / bandeau noir sur les yeux / gorge blanche ne laisse pas de doute. Cet aigle pêcheur vient probablement d'Écosse ; il fait une halte de quelques jours dans la baie où il se nourrit de mulets, avant de rejoindre, par petites étapes, l'Afrique. 
Un épervier

Au bord de la rivière, un chevalier guignette attrape un minuscule poisson. Les hirondelles rustiques, toute la matinée, passent vers le sud en petites troupes, virevoltent en chassant, frôlent la surface de l'eau calme.

Sur les grèves dégagées à marée basse, les mouettes rieuses sont les plus nombreuses. Nous n'avons pas pris le temps de les détailler, mais il y avait aussi des goélands argentés et des goélands marins. Les corneilles noires fréquentent aussi les mêmes endroits, ainsi que des hérons cendrés, des aigrettes garzettes.

Une absence remarquée : le tadorne de Belon : tous les adultes ont fait leur migration de mue vers le site traditionnel de la mer des Wadden (Allemagne).
Héron cendré et jeune goéland

À plusieurs reprises, le traquet motteux retient longuement notre attention. Ce nicheur rare en Normandie est vu à la migration. Ceux qui sont arrivés cette nuit prennent le temps de reconstituer leurs forces avant de repartir dans quelques nuits.

Les alouettes sont discrètes : pas de chants, peu de cris. Il faut dire que lorsque les passereaux muent (chaque année, les petits oiseaux changent l'ensemble de leur plumage), leurs capacités de vol sont légèrement amoindries.

Sur l'herbe bien tondue par les moutons, 2 pluviers guignards sont repérés. Ce rare petit limicole est surtout présent dans le prairies d'altitude de Scandinavie. Comme le traquet motteux. En migration, Il retrouve lui aussi à la Roche Torin son milieu : la pelouse rase. Nous le reconnaissons à son sourcil crème bien marqué se prolongeant jusqu'à la nuque et à son pâle collier séparant la poitrine en deux.
Les pluviers guignards (cliquer pour agrandir ...)

5 autres pluviers nous interpellent : plus éloignés, nous n'arrivons pas à reconnaître les caractéristiques du guignard. Ce sont en fait des pluviers dorés, bien plus fréquents en Normandie.
Goélands marins

Un faucon crécerelle chasse, en vol du "Saint-Esprit".
Traquets motteux sur la clôture

Au pied de la clôture qui protège la zone de protection de l'obione pédonculée des bergeronnettes grises à différents âges chassent. Sur les barbelés des tariers des prés et des traquets motteux se perchent, à l'affût. 
Étourneaux sansonnets

Un épervier taquine un groupe d'étourneaux puis s'élève juste au-dessus de nous. Un crécerelle tente une petite intimidation et repart. Cette longue observation est intéressante car l'épervier est la plupart du temps furtif, volant à faible hauteur et disparaissant derrière une haie.

Quelques autres espèces ont été vues : le pipit farlouse près de notre départ, le merle noir dans les haies garnies de mûres, des linottes, des pigeons ramiers, deux poules d'eau près des voitures, des courlis cendrés sur les grèves, une buse. Mais aussi une belette ou deux, en tout cas vue deux fois. Soit 29 espèces pour 26 participants !
Grand cormoran

Nous avons aussi remarqué quelques plantes de l'herbu :

L'armérie maritime, qui pousse aussi dans les pelouses alpines ;

la lavande de mer, qui fleurit en fin d'été ;

Le spiranthe contourné, une très petite orchidée des pelouses sèches, à la floraison décalée par rapport à sa famille.

Thierry Grandguillot


Prochaines sorties en Avranchin :
Dimanche 16 octobre
Visite de la ferme Lechartier à Saint Senier.
RDV à 9h au parking du magasin Leclerc d'Avranches.
Prévoir bottes et jumelles

Dimanche 13 novembre
Saint Georges de Livoye
RDV à 9h30 au parking du Moulin, ou 9h15 au jardin des plantes d'Avranches pour covoiturer.
Prévoir bottes et jumelles.



dimanche 19 juin 2016

Ducey, le bois Dardennes

    La sortie commence par un cafouillage bien inhabituel : une personne n'a pas trouvé le bois ; 3 ont trouvé le bois, mais pas le bon parking ; 9, enfin, ont trouvé le bois et le bon départ ! Ce petit compte-rendu reprend pour l'essentiel les observations de ces derniers, et ajoutera quelques observations faites par le petit groupe dans la moitié ouest du bois.

    Observer les oiseaux en juin dans un bois relève de la gageure (attention ! ça se prononce gajure !) : en une matinée, nous n'en avons réellement vu que très peu. Trop d'arbres, trop de feuilles aux arbres !

    Mais tout au long de ce parcours nous avons pris le temps d'écouter, d'analyser et de mémoriser des chants.
La grive musicienne. Chaque phrase comporte la répétition du motif. Les motifs sont très variés.
Le merle noir. début de la phrase très flûtée, fin souvent embrouillée.

Le pouillot véloce. Le seul que nous ayons bien vu. Chant très simple, tsip-tsiep ou tchiff-tchaff (for Shana and Raymond !) Comme nous étions près, nous avons aussi entendu entre deux chants le discret trr-trr-trr.
Tiens, encore une photo du même, parce qu'il n'y a pas d'autre photo d'oiseaux aujourd'hui ...

Le troglodyte. Chant très trillé, puissant, venant des buissons. Peu de variété, mais la phrase n'est pas toujours complète.
La fauvette à tête noire : Celles que nous avons entendues ont un chant bien sifflé, mais certaines réservent cette partie sifflée pour la fin de la phrase, le début évoquant alors la fauvette des jardins (que nous n'avons pas entendue aujourd'hui).
Pigeon ramier. La voix enrouée prononce 3 "rou" en appuyant le second, puis 2 "rou" plus sourds. Il faut s'entrainer pour le distinguer du chant de la tourterelle turque (voix douce), du pigeon domestique (autre rythme) ou de la tourterelle des bois (pas vraiment de rythme) qui a été entendue côté ouest.
Rougegorge. Chant très riche, car chaque phrase est différente de la précédente. Sifflements très aigus alternant avec des trilles bien maîtrisées. On peut l'écouter longuement, c'est tellement beau ...
Accenteur mouchet. Nous ne l'avons entendu qu'une fois car il chante principalement en fin d'hiver et dans la première moitié du printemps. Sa phrase évoque le troglodyte par les trilles, mais sur un ton beaucoup plus discret. Il se perche souvent en haut d'un buisson pour chanter.
Pinson des arbres. Chant sonore en cascade de trilles, toutes les phrases sont à peu près identiques.

    D'autres oiseaux sont repérés par leurs cris : le grimpereau des jardins, le pic vert probablement à l'extérieur du bois, le pic épeiche qui est probablement celui qui a attaqué cette branche pleine d'insectes.

    Le martin pêcheur : un seul cri lorsque nous sommes proches de la Sélune. Sa présence en juin permet d'espérer une reproduction. La corneille  noire, le geai des chênes qui mêle ses cris d'alarme insistants à ceux du merle noir. On peut penser qu'ils ont repéré un prédateur. La mésange charbonnière est bien discrète, mais quelques-unes crient.
Le tronc est mort, des branches prennent le relais. Le pic a profité du bois mort pour creuser sa loge.

    Le second groupe peut ajouter à cette liste la mésange huppée, plutôt rare dans les bois de feuillus, le gobemouche gris, le roitelet à triple bandeaux (3 individus). Enfin, le loriot est entendu, proche de la route.

    Les mammifères ont aussi attiré notre attention. Le chemin semble labouré : une probable souille de sanglier, dont nous trouvons la trace vers la fin de notre parcours.

Par deux fois, nous apercevons un écureuil.

    Un peu de botanique, aussi, au moins pour expliquer que le lierre, qui semble étouffer les arbres, ont un rôle important dans la forêt en restituant au sol des feuilles mortes à contre-saison, en apportant nectar et pollen en automne, en fournissant aux oiseaux frugivores ses baies en fin d'hiver, en abritant les nids avant que les arbres ne se couvrent de feuilles ...
    Le bois Dardennes est aussi le refuge d'une flore originelle : tilleul à petites feuilles, peuplier tremble, pommier sauvage ...
Une galle du chêne. Le cynips est parti ! Pour en faire de l'encre, faire bouillir la galle et ajouter de la gomme arabique.

    Bref, une sortie ornitho où on ne voit pas d'oiseaux, mais où on ne s'ennuie pas !

Thierry Grandguillot

Prochaines sorties

Pause estivale pour les "sorties en Avranchin" avant le dimanche 11 septembre, RDV à 9h à la Roche Torin sur Bas-Courtils pour les oiseaux de l'herbu. Covoiturage possible à 8h30 au jardin des plantes d'Avranches.

Plusieurs orties sont prévues durant l'été autour de Carolles, Genêts, Saint Pair sur mer. Voir pour cela le calendrier du GONm.


samedi 4 juin 2016

La Turfaudière à Avranches

Un quartier bien vert.

Avranches, fête de quartier à La Turfaudière : le GONm participe.

Le groupe pendant la visite.

    Samedi 4 juin 2016, nous étions 13 à déambuler dans les rues du quartier de la Turfaudière, 5 adhérents mais aussi des habitants du quartier pour qui cette animation avait été plus particulièrement proposée, et Madame Payen, conseillère municipale. Florence et Hervé, de l’association Quartier Nature qui nous aide dans cette organisation, nous accompagnaient aussi.
La petite chenille du laiteron qui fait le spectacle.

    Depuis mars, les oiseaux du quartier sont comptés à travers le suivi d’un « quadrat » (des relevés sur plan qui permettront de calculer le nombre de couples en fin de saison de reproduction). Les connaissances acquises ont permis de mettre l’accent sur certains aspects originaux de l’avifaune du site. Entre les immeubles ou les barres de maison, des zones vertes et bien boisées occupent un espace finalement très ouvert. Les moineaux domestiques sont regroupés en colonies sur certains secteurs (ils vont probablement payer cher les travaux de rénovation en cours...).

    Une haie de bambous sert de dortoir nocturne à une partie de ces oiseaux. Les pelouses sont leur terrain de chasse, de même que pour les nombreux merles. Les immeubles sont occupés par les choucas, les hirondelles de fenêtre et les martinets. Les deux derniers sont des chasseurs d’insectes en vol contrairement aux choucas patrouilleurs au sol à la recherche de déchets divers.
Luc et son guide ... inséparables !

    L’heure tardive n’est pas propice aux chants mais deux pinsons des arbres se manifestent quand même illustrant la définition d’un « contact simultané », outil essentiel pour compter les territoires en fin de saison sur les cartes du quadrat. Cette espèce sert d’exemple sur le document qui sera exposé l’après-midi au moment de la fête du quartier. On admirera au passage le support créé par notre collègue Charles Legeleux dont je ne manque pas de louer le caractère astucieux chaque fois que je dois exposer des panneaux !...
Panneau exposé l'après-midi durant la fête :
quelques exemples d'oiseaux locaux et leur distribution.

    Le parcours ne fut pas strictement ornithologique ; d’autres sujets se présentèrent illustrant la vie sauvage du quartier : pucerons, galeries des chenilles de microlépidoptères dans les feuilles du laiteron, plantes pionnières des carrés en travaux, richesse botanique du dernier tronçon de haie de l’ancien bocage préexistant... Nous avons regretté que la végétation ait été coupée même dans les recoins qui avaient été repérés auparavant comme terrains de « démonstration » botanique. Les oiseaux ont aussi besoin de graines sauvages. La table est bien pourvue dans la quartier à condition de laisser quelques espaces « vierges », c’est à dire non fauchés durant certaines périodes de l’année.

Beaucoup de fenêtres disponibles pour les hirondelles ...
si l'occupant de l'autre côté de la vitre le veut bien !

    D’autres considérations pourraient améliorer l’installation des oiseaux : qu’en est-il des abreuvoirs ? Serait-il possible de poser des nichoirs pour renforcer les actuelles populations pauvres de mésanges (2 chanteurs de mésanges bleues et 1 couple de mésanges charbonnières avec des jeunes hors du nid pour 12 ha) ; renforcer les surfaces occupées par les buissons ? L’accenteur et la grive musicienne sont actuellement rares ; copier le reliquat de vieille haie bocagère riche de ses aubépines et fusains dont les fruits sont si nourrissants en automne... Des idées à faire germer un peu plus tard ?

Moineau domestique posté au-dessus de son nid qui est sous le toit.
Texte Jean Collette
Photos Hervé Schmoor